7.
Métamorphose

 

« Dans moult villages, lorsqu’ils ont besoin de soins, d’une sage-femme ou d’enchantements, des innocents vont quérir la sorcière. Quant à moi, j’affirme qu’il vaut mieux s’en remettre à la volonté de Dieu car, tôt ou tard, la mort nous emportera tous. »

 

Mère Clare Michael,

extrait d’une lettre à sa nièce, 1824

 

 

Je n’arrête pas de penser à Magye Pratique, au cocktail d’émotions étranges que j’y ai ressenties : une impression de familiarité mêlée de peur. Pourquoi les noms des esbats et des fêtes m’ont-ils semblé des souvenirs profondément enfouis ? Je n’ai jamais cru aux vies antérieures, mais finalement, qui sait ?

 

 

* * *

 

 

— Morgan ! Mary K. ! a beuglé ma mère depuis le rez-de-chaussée. Eileen est arrivée.

Je me suis extirpée de mon lit en plaçant un marque-page dans mon livre. Je l’ai posé sur mon bureau, à côté de mon journal intime. J’allais avoir du mal à réintégrer le monde normal. J’étais absolument soufflée par ma lecture : j’avais appris que les origines de la Wicca remontaient à l’Europe préchrétienne, soit à des milliers et des milliers d’années.

Comme étourdie, j’ai descendu les escaliers en chaussettes. En bas, j’ai croisé mon père qui passait tout juste la porte d’entrée, les bras chargés de sacs de Kabob Palace, le seul restaurant moyen-oriental de Widow’s Vale. L’odeur d’houmous et de falafels m’a sortie de ma torpeur.

J’ai pénétré dans le salon, où le reste de la famille était déjà rassemblé.

— Salut, tante Eileen, l’ai-je accueillie en la serrant dans mes bras.

— Coucou, ma puce. J’aimerais te présenter mon amie, Paula Steen.

Paula s’est levée. Je me suis tournée vers elle, le sourire aux lèvres. Soudain, des images d’animaux ont envahi mon champ de vision, comme si Paula était couverte de fourrures. J’ai cligné des yeux, stupéfaite. Je voyais bien Paula : elle était un peu plus grande que moi et ses cheveux blond foncé lui descendaient jusqu’aux épaules. Elle avait de grands yeux vert pâle. Mais je voyais également des chiens, des chats, des oiseaux et des lapins tout autour d’elle. C’était très bizarre, presque effrayant. La panique me guettait.

— Bonjour, Morgan, a dit Paula d’un ton amical. Euh… tout va bien ?

— Je vois des animaux, ai-je répondu dans un murmure, en me demandant si je ne ferais pas mieux de m’asseoir, la tête penchée entre les genoux.

Paula a éclaté de rire.

— Ah, ces satanés poils ! Impossible de s’en débarrasser complètement. Je suis vétérinaire, a-t-elle expliqué. J’étais de garde à la clinique, aujourd’hui.

Elle a baissé les yeux vers sa jupe et sa veste.

— Mince, je pensais qu’un petit coup de brosse sur mes vêtements suffirait à me rendre présentable.

— Oh, mais vous êtes tout à fait présentable ! me suis-je écriée en me sentant stupide. C’est moi qui déraille.

J’ai cillé plusieurs fois en secouant la tête, et toutes ces images rémanentes ont disparu.

— Je ne sais pas ce que j’ai, ai-je soupiré.

— Tu es peut-être télépathe, a suggéré Paula, de manière aussi désinvolte que si elle avait déclaré : « Tu es peut-être végétarienne » ou : « Tu es peut-être démocrate. »

— Ou peut-être juste zarbi, a rétorqué Mary K., hilare, ce qui lui a valu un coup de pied de ma part.

Lorsque la sonnette a retenti, je me suis précipitée vers la porte.

— Comment est-elle ? a murmuré Bree en entrant dans le hall.

— Elle, elle est super. Moi, par contre, je suis tarée, ai-je soufflé pendant que mon amie accrochait son manteau à la patère.

— Tu m’expliqueras ça plus tard.

Elle m’a suivie jusqu’au salon, où je l’ai présentée à Paula.

— Bien ! a lancé ma mère quelques minutes plus tard. Et si on allait s’asseoir ? Le repas est prêt.

Une fois tout le monde attablé et servi, j’ai repensé à ma réaction face à Paula. Pourquoi ces images d’animaux ? Et pourquoi n’avais-je pas gardé ma vision pour moi ?

Malgré mon comportement bizarre, le dîner s’est très bien passé. Je me suis tout de suite attachée à Paula. Elle était chaleureuse et drôle. Surtout, on voyait clairement qu’elle était folle de tante Eileen. J’étais contente que Bree soit là, à parler à tout le monde et à taquiner Mary K. Bree faisait presque partie de la famille. Un jour, elle m’avait avoué qu’elle adorait venir dîner chez nous car cela lui donnait l’impression d’être vraiment en famille. Chez elle, le plus souvent, elle mange en tête à tête avec son père. Sinon, toute seule.

Tandis que je reprenais du taboulé, j’ai soudain levé les yeux et j’ai lancé sans y penser :

— Tiens, c’est Mme Fiorello, maman.

— Quoi ? a demandé ma mère en plongeant son pain pita dans l’houmous.

À ce moment-là, le téléphone a sonné. Ma mère s’est levée pour répondre. Elle est restée une minute dans la cuisine à discuter, puis est revenue s’asseoir. Elle m’a dévisagée.

— C’était bien Betty Fiorello. Elle t’avait dit qu’elle appellerait ?

J’ai fait non de la tête avant de me concentrer sur mon taboulé.

Bree et Mary K. ont commencé à fredonner le générique d’X-Files.

— Elle est vraiment télépathe ! a plaisanté Eileen. Vite, dis-moi qui va gagner la finale du championnat de base-ball ?

— Désolée, rien ne me vient, ai-je répondu avec un petit rire gêné.

Jusqu’à la fin du dîner, Mary K. m’a chambrée sur mes super pouvoirs télépathiques. Plusieurs fois, j’ai senti le poids du regard de ma mère.

Peut-être que, depuis le cercle, depuis que j’avais banni les limites, quelque chose s’éveillait en moi. Je ne savais pas si je devais m’en réjouir ou en trembler. J’aurais bien voulu en parler à Bree, mais elle a dû rentrer chez elle juste après le repas.

— Au revoir, monsieur et madame Rowlands, a lancé mon amie en enfilant son manteau. Merci pour le dîner, c’était génial. Ce fut un plaisir de faire votre connaissance, Paula.

Plus tard, après le départ de tante Eileen et de Paula, je suis montée faire mes devoirs de maths. Ensuite, j’ai appelé Bree, mais, comme elle regardait un match de foot avec son père, elle m’a dit qu’on se parlerait le lendemain.

Vers onze heures, j’ai dû lutter contre une envie irrépressible autant qu’étrange d’appeler Cal. Heureusement, je savais que c’était complètement dingue, et j’ai attendu que ça passe. Je me suis endormie sur les pages des Sept Grands Clans.

 

* * *

 

 

— Bienvenue à bord ! Vous voyagez avec la compagnie Rowlands Airlines, ai-je clamé le lendemain matin lorsque Mary K. s’est glissée dans ma voiture.

Elle s’efforçait de tenir droit son plateau en carton pour que ses œufs brouillés ne glissent pas sur ses genoux.

— Merci d’attacher vos ceintures et de garder vos fauteuils en position relevée.

Tout en gloussant, ma sœur a pris une bouchée de son feuilleté à la saucisse.

— On dirait qu’il va pleuvoir, a-t-elle marmonné la bouche pleine.

— Je l’espère. Comme ça, M. Herndon ne nettoiera pas ses fichues gouttières, ai-je répondu en tenant le volant avec mes genoux pour pouvoir ouvrir ma canette.

Mary K. s’est tournée vers moi, les yeux plissés.

— Mais bien sûûûr, a-t-elle répondu d’un ton exagérément doux. Moi aussi, je l’espère.

Elle s’est remise à mâcher, avant de me glisser un regard en coin et de lâcher :

— On est de retour dans X-Files, c’est ça ?

J’ai tenté d’en rire, mais j’étais bien trop perturbée par mes propres paroles. Les Herndon, un vieux couple, vivaient un peu plus bas dans la rue. À dire vrai, il m’arrivait rarement de penser à eux.

— Tu es peut-être en train de te métamorphoser en être plus évolué, a suggéré ma sœur tout en ouvrant une briquette de jus d’orange.

Elle l’a vidée d’une traite, et s’est essuyé la bouche d’un revers de main. Ses cheveux raides, auburn, tombaient en un carré parfait au-dessus de ses épaules. Elle était jolie et féminine, comme notre mère.

— Je suis déjà un être supérieur, lui ai-je rappelé.

— J’ai dit « plus évolué », pas « supérieur ».

J’ai bu une nouvelle gorgée de Coca avant de soupirer d’aise. Mes neurones commençaient enfin à se réveiller. Une autre canette, et je me sentirais de taille à affronter la journée. Cal… La simple idée de le revoir si vite, de pouvoir lui parler, me rendait si nerveuse, si impatiente, que mes mains se crispaient sur le volant.

— Euh, Morgan ?

Le ton de Mary K. était prudent.

— Oui ?

— Je suis peut-être vieux jeu, mais la coutume veut qu’on s’arrête au feu rouge.

Je suis soudain revenue à moi, penchée sur le volant, prête à piler. Un coup d’œil dans le rétro m’a montré que je venais de griller le feu à l’intersection de St. Mary’s Avenue et de Dimson Road. À cette heure, il y avait toujours de la circulation. C’était un miracle que nous n’ayons pas eu d’accident – et personne n’avait même klaxonné.

— La vache, Mary K., je suis désolée, me suis-je excusée en cramponnant le volant. Je rêvassais. Je te demande pardon. Je vais faire attention, promis.

— Il vaudrait mieux, a-t-elle répondu sans perdre son sang-froid.

Elle a englouti la dernière bouchée d’œufs brouillés puis fourré le plateau dans le sac-poubelle de ma voiture.

Contre toute attente, on est arrivées au lycée en un seul morceau. J’ai trouvé une place de parking juste devant le bâtiment. Aussitôt, Mary K. s’est fait encercler par une troupe d’amis. Mary K. était là : la fête pouvait commencer !

Quand j’ai repéré Bree et Robbie, ils n’étaient pas près des shootés, ni des intellos, ni des branchés, mais dans un coin où d’habitude personne ne traîne jamais : les deux bancs en ciment qui se font face de l’autre côté du chemin de brique longeant la porte est. Raven y était aussi, ainsi que Jenna, Matt, Beth, Ethan, Alessandra, Todd, Suzanne, Sharon et Cal. Tous ceux qui avaient participé au cercle du samedi soir. Mon cœur s’est mis à me marteler la poitrine.

Je me dirigeais vers eux lorsque j’ai vu Chris parler à Bree. Les sourcils froncés, elle s’est éloignée avec lui. Leur conversation avait l’air animée.

— Salut, Morgan, m’a lancé Tamara, venue à ma rencontre.

J’ai jeté un coup d’œil à Cal. Il parlait avec Ethan.

— Coucou, ai-je répondu. Comment s’est passé ton week-end ?

— Très bien. Je t’ai appelée dimanche, mais tu devais être à la messe. C’était comment, le cercle ? Qu’est-ce qui s’est passé, après mon départ ?

— C’était trop génial, ai-je expliqué. On a fait une ronde autour du feu. Puis on a évoqué tout ce dont on voulait se débarrasser.

— Hein ? Comme la pollution, tu veux dire ?

— La pollution ! Ça, c’est une idée. Si seulement j’y avais pensé… Non, plutôt des trucs comme la colère et la peur. Ethan, lui, a essayé de bannir sa belle-mère.

Janice nous a rejointes au moment où Tamara éclatait de rire.

— Salut, les filles, a-t-elle lancé en remontant ses lunettes sur son joli nez. Hé, Tam, je dois déposer un devoir dans le casier de Gonzalez. Tu veux venir ?

— Bien sûr. Tu viens, Morgan ?

— Non merci. On se voit plus tard.

Je me suis dirigée à mon tour vers les bancs de ciment.

— Salut, Morgan, m’a dit Jenna d’un ton amical.

— Salut.

— On parlait de notre prochain cercle, m’a expliqué Raven. Enfin, si tu t’es remise de tes émotions.

Aujourd’hui, elle portait un corset bordeaux sur une jupe longue noire qui frôlait ses bottines de cuir. Une veste de velours noir complétait le tout. Quel style !

— Je vais mieux, ai-je répondu le rouge aux joues, tout en jouant avec la fermeture Éclair de mon sweat à capuche.

— Il n’est pas rare que les personnes sensibles réagissent violemment à leurs premiers cercles, a expliqué Cal d’une voix rauque qui a résonné dans ma poitrine. Ça a été mon cas.

— Houu, pauvre Morgan, si sensible, a ricané Todd.

— Alors, quand aura lieu notre prochain cercle ? a demandé Suzanne avant de dégager d’un geste ses cheveux de Barbie.

— J’ai bien peur que tu ne sois pas invitée, a objecté Cal en la regardant sans animosité.

Suzanne semblait stupéfaite.

— Quoi ? C’est une blague ? a-t-elle demandé dans un rire forcé.

— Pas du tout. Ni toi, ni Todd, ni Alessandra n’êtes invités.

Les trois en question l’ont fusillé du regard. Moi, j’étais bien contente. Je me souvenais de leurs sarcasmes lors du cercle. Ils faisaient partie de la clique de Bree. Pour eux, il était impensable qu’on puisse leur tenir tête, qu’on les écarte d’un événement. Leur déconvenue me réchauffait le cœur.

— Qu’est-ce que tu racontes ? a voulu savoir Todd. On n’a pas fait ce qu’il fallait ?

Son ton devenait agressif, comme s’il cherchait à dissimuler son embarras.

— Non, a répondu Cal, toujours aussi calme. C’est le moins qu’on puisse dire.

Il n’a pas offert d’autre explication. Nous sommes tous restés plantés là, à attendre la suite.

— J’y crois pas, a soupiré Alessandra.

— Je sais, a dit Cal, comme s’il était presque désolé pour eux.

Todd, Alessandra et Suzanne ont échangé un regard avant de contempler Cal, puis nous autres. Personne n’a ouvert la bouche, personne ne leur a demandé de rester. C’était très étrange.

— Bon, a lâché Todd, on a bien compris qu’on ne voulait pas de nous. Venez, les filles !

Il a offert ses bras à Alessandra et à Suzanne, qui n’ont eu d’autre choix que de s’y accrocher. Ils avaient l’air tous les trois humiliés et furieux, mais ils l’avaient bien cherché.

Bravant ma timidité, j’ai remercié Cal d’un regard, qu’il a soutenu un instant. J’étais incapable de me détourner.

Soudain, il a sauté du banc où il s’était assis pour venir se planter devant moi.

— Qu’est-ce que je cache derrière mon dos ? m’a-t-il demandé.

J’ai froncé les sourcils un instant avant de répondre :

— Une pomme. Rouge et verte.

Je la voyais aussi nettement que s’il la tenait devant mon nez.

Il a souri, et les coins de ses yeux dorés se sont plissés. Il a ramené sa main devant lui et m’a tendu une pomme rouge marbrée de vert à la chair ferme. Une feuille tenait toujours à la tige.

Malgré mon embarras et le poids du regard des autres, j’ai pris la pomme et l’ai croquée en espérant que le jus ne me dégoulinerait pas sur le menton.

— Un coup de chance, a marmonné Raven, irritée.

J’ai aussitôt compris qu’elle s’intéressait énormément à lui.

— Non, ce n’était pas de la chance, a soufflé Cal sans me quitter des yeux.

 

* * *

 

Cet après-midi-là, en rentrant du lycée, Mary K. et moi avons appris que M. Herndon était tombé d’une échelle pendant qu’il nettoyait ses gouttières. Il s’était cassé une jambe. Mary K. m’a aussitôt surnommée Professeur Xavier. J’étais si flippée que j’ai appelé Bree pour savoir si je pouvais passer chez elle après le dîner.

L'éveil
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